Entretien de parcours professionnel 2026 : la trame à réécrire avant le 1er octobre.
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Périodicité, contenu légal, entretiens spécifiques, preuve : ce que votre trame d'entretien de parcours professionnel doit couvrir avant le 1er octobre 2026.
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Beaucoup d'entreprises ont retenu de la réforme qu'elles avaient « moins d'entretiens à
faire ». C'est vrai sur le papier : on passe de tous les deux ans à tous les quatre ans. C'est une mauvaise nouvelle déguisée en bonne.
Parce qu'un entretien tous les quatre ans, c'est un entretien qui ne pardonne pas d'être bâclé. Quatre ans, c'est le temps qu'il faut pour qu'un métier change, qu'une compétence devienne obsolète ou qu'un salarié décroche sans que personne ne l'ait vu venir. Et si votre trame date d'avant octobre 2025, elle ne couvre pas la moitié de ce que la loi attend désormais.
Voici ce que votre document doit contenir, rubrique par rubrique, avec la question à poser pour chacune.
Ce que la loi impose vraiment
L'article L. 6315-1 du Code du travail, dans sa rédaction issue de la loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025, fixe le cadre : un premier entretien dans l'année qui suit l'embauche, puis tous les quatre ans, avec un état des lieux récapitulatif tous les huit ans.
Deux précisions que l'on oublie systématiquement :
l'entretien ne porte pas sur l'évaluation du travail du salarié — c'est un autre exercice, et les confondre est un risque juridique autant qu'un gâchis ;
il se déroule pendant le temps de travail et donne lieu à un document remis au salarié.
Sur les dates d'entrée en vigueur : les entreprises non couvertes par un accord sur les entretiens professionnels appliquent le nouveau cadre depuis le 26 octobre 2025. Celles qui disposent d'un accord ont jusqu'au 1er octobre 2026 pour le mettre en conformité. Si vous êtes dans ce second cas, l'échéance est maintenant — et la mise en conformité passe par la négociation.
Le socle légal : 5 rubriques, à chaque entretien de parcours professionnel
Ces cinq points constituent le contenu de l'entretien de parcours professionnel tel que le prévoit l'article L. 6315-1. Ils s'appliquent à tous les salariés, à chaque entretien du cycle.
1. Les compétences réellement mobilisées La loi vise les compétences et qualifications du salarié et leur évolution. En pratique, la fiche de poste est presque toujours en retard sur la réalité.
« Qu'est-ce que vous faites aujourd'hui qui ne figure pas dans votre fiche de poste ? »
2. La situation du salarié au regard des évolutions du métier C'est la rubrique la plus neuve dans son esprit : il ne s'agit plus seulement du salarié, mais de ce qui bouge autour de lui.
« Qu'est-ce qui a changé dans votre métier depuis notre dernier échange ? Qu'est-ce qui va changer dans les quatre ans ? »
3. Les besoins de formation Ceux liés au poste actuel comme ceux relevant d'un projet personnel. Attention à ne pas transformer cette case en liste de souhaits sans suite : c'est précisément ce que l'état des lieux à huit ans viendra vérifier.
« De quoi auriez-vous besoin pour tenir ce poste dans deux ans ? »
4. Les souhaits d'évolution, de reconversion, de validation des acquis Y compris quand ils sortent de l'entreprise. Un salarié qui parle de son projet de reconversion en entretien est un salarié qui vous laisse le temps de vous organiser.
« Y a-t-il un métier vers lequel vous aimeriez aller, même s'il vous paraît hors de portée aujourd'hui ? »
5. L'information sur le CPF et le conseil en évolution professionnelle Ce n'est pas une option : la loi prévoit expressément que l'entretien porte sur l'activation par le salarié de son compte personnel de formation. Prévoyez une ligne dans le compte rendu attestant que l'information a été donnée.
« Savez-vous où consulter vos droits CPF, et à qui vous adresser gratuitement pour être conseillé ? »
Les 2 rubriques réservées aux entretiens spécifiques
Attention à ne pas confondre — c'est l'erreur la plus répandue depuis la réforme. L'usure professionnelle et les fins de carrière ne font pas partie du socle légal du L. 6315-1. Elles relèvent des entretiens déclenchés par l'âge du salarié. Elles n'ont donc pas à être traitées avec tout le monde à chaque entretien, mais votre trame doit prévoir un volet activable.
6. L'usure professionnelle — volet de l'entretien de mi-carrière C'est la rubrique qui fait le plus peur aux managers et qui rapporte le plus.
« Y a-t-il des tâches qui vous coûtent plus qu'il y a quatre ans ? »
7. Les perspectives de fin de carrière — volet de l'entretien des deux ans avant 60 ans Aménagement de poste, temps partiel, transmission des savoirs, retraite progressive — désormais accessible dès 60 ans.
« Comment vous voyez-vous travailler dans cinq ans ? »
Et une 8e rubrique, qui n'est pas dans la loi
8. Ce qu'on écrit ensemble Ce n'est pas une rubrique de contenu, c'est une rubrique de méthode : le compte rendu se rédige avec le salarié, en séance, et se termine par des engagements datés — sinon rien ne se passe pendant quatre ans.
« Sur tout ce qu'on vient de se dire, qu'est-ce qu'on écrit, et qui fait quoi d'ici quand ? »
Les trois déclencheurs à programmer
En plus du rythme quadriennal, la loi prévoit des rendez-vous déclenchés par la situation du salarié :
l'entretien de mi-carrière, dans les deux mois qui suivent la visite médicale de mi-carrière — organisée à 45 ans à défaut d'accord de branche fixant un autre âge ;
l'entretien de fin de carrière, dans les deux années qui précèdent le 60e anniversaire ;
l'entretien de retour, proposé au salarié qui reprend le travail après une absence longue — notamment congé maternité ou d'adoption, congé parental d'éducation, congé de proche aidant, congé sabbatique, période de mobilité volontaire sécurisée, arrêt de longue maladie, ou fin d'un mandat syndical. La proposition tombe si un entretien a déjà eu lieu dans les douze mois précédant la reprise. Le périmètre exact de cette liste est encore appelé à être précisé par voie réglementaire : en cas de doute, proposez l'entretien.
Concrètement : ajoutez ces trois déclencheurs dans votre outil RH ou votre tableau de suivi. C'est là que se jouent la plupart des oublis.
La preuve, c'est le compte rendu
L'abondement correctif de 3 000 € au compte personnel de formation reste dû dans les entreprises d'au moins 50 salariés lorsque, sur huit ans, le salarié n'a bénéficié ni des entretiens prévus, ni d'au moins une formation autre qu'obligatoire.
Et au-delà de cette sanction, il y a le terrain contentieux classique : le manquement de l'employeur à son obligation d'adapter le salarié à son poste et de maintenir sa capacité à occuper un emploi cause au salarié un préjudice indemnisable, que les juges reconnaissent y compris sans qu'il ait à en démontrer l'étendue (Cass. soc., 16 septembre 2020, n° 18-19.889). Un dossier vide d'entretiens sur huit ans est une pièce à charge.
D'où la règle simple : un compte rendu daté, signé des deux parties, remis au salarié et archivé. Un entretien sans trace écrite n'a, juridiquement, pas eu lieu.
Check-list avant le 1er octobre
Vérifier si un accord collectif encadre vos entretiens professionnels, et sa date
Si oui : ouvrir la négociation de mise en conformité — la périodicité maximale de 4 ans s'impose
Réécrire la trame : 5 rubriques pour tous, 2 volets activables, 1 rubrique de méthode
Séparer physiquement la trame EPP de la trame d'entretien annuel d'évaluation
Créer les 3 déclencheurs : visite médicale de mi-carrière, 58 ans, retour de longue absence
Reconstituer l'historique des entretiens sur les 8 dernières années pour repérer les salariés à risque d'abondement
Former les managers : un entretien de parcours ne s'improvise pas, surtout tous les quatre ans
L'erreur la plus fréquente
Fusionner l'entretien de parcours professionnel et l'entretien annuel d'évaluation « pour gagner du temps ».
Précisons d'abord ce qui est permis : la Cour de cassation admet que les deux entretiens se tiennent le même jour, à la stricte condition que les questions d'évaluation ne soient pas abordées pendant l'entretien professionnel (Cass. soc., 5 juillet 2023, n° 21-24.122). Ce n'est donc pas interdit.
Mais c'est risqué sur deux plans. Sur le fond : un salarié à qui l'on vient d'annoncer que ses objectifs ne sont pas atteints ne vous parlera pas honnêtement de son projet de reconversion cinq minutes plus tard. Sur la preuve : si les deux échanges se contaminent et ne donnent lieu qu'à un seul document mêlant objectifs et parcours, vous aurez le plus grand mal à démontrer, huit ans plus tard, que l'entretien de parcours a bien eu lieu tel que la loi l'exige.
Deux moments, deux documents. C'est plus long une fois tous les quatre ans, et beaucoup moins coûteux ensuite.
Vous devez renégocier un accord sur les entretiens professionnels, refondre vos trames ou former vos managers avant le 1er octobre ? Parlons-en — un point de 30 minutes suffit souvent à savoir par où commencer.
Sources : articles L. 6315-1 et L. 6323-13 du Code du travail ; LOI n° 2025-989 du 24 octobre 2025 portant transposition des accords nationaux interprofessionnels en faveur de l'emploi des salariés expérimentés et relatif à l'évolution du dialogue social ; article L. 4624-2-2 du Code du travail (visite médicale de mi-carrière) ; Cass. soc., 16 septembre 2020, n° 18-19.889 ; Cass. soc., 5 juillet 2023, n° 21-24.122.


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